Les futurs médecins s’entraînent sur des mannequins haute fidélité qui parlent, respirent, saignent, accouchent, avec lesquels ils peuvent pratiquer et apprendre de leurs erreurs... sans tuer le patient. Des murs blancs. Des tuniques bleues. Des bip-bips de machines. Et sur la table, une patiente enceinte souffrant de maux de tête aigus. Premières en salle d’accouchement, l’infirmière et la sage-femme ont appelé la gynécologue puis l’anesthésiste, et fait sortir la future grand-mère devenue encombrante. L’équipe médicale s’affaire dans un brouhaha tendu. La situation est critique. « J’ai mal au crâne, faites quelque chose ! Et mon bébé, il va bien ? » Derrière une vitre opaque et une rangée d’écrans, « la voix » de la patiente – un médecin coordinateur muni d’un micro-casque – suit un script, tout en analysant les paramètres vitaux et le comportement de l’équipe. Allongé sur la table, le mannequin interpelle, pose des questions, s’inquiète, se plaint. Comme un vrai patient. En moins de 30 minutes, le diagnostic est posé dans la salle d’accouchement, de l’autre côté de la vitre : pré-éclampsie. L’équipe médicale décide de conduire immédiatement la patiente en salle d’opération pour une césarienne d’urgence. Les vies de la mère et du bébé sont en danger. Fin du scénario. Applaudissements. Dans cette salle exiguë du cinquième étage de l’université Paris-Descartes, on se croirait dans un hôpital. Sauf que la parturiente est en toc et l’équipe composée d’étudiants. En cet après-midi de septembre, le Laboratoire universitaire médical d’enseignement basé sur les technologies numériques et de simulation, iLumens, propose deux scénarios aux apprentis. Le principe ? Faire travailler ensemble sur un même cas différentes spécialités afin d’améliorer la coordination et la prise de décisions. La simulation a la cote dans les facs de médecine, notamment sur des mannequins haute fidélité qui parlent, respirent, saignent, ont un pouls, accouchent... Et sur lesquels les futurs médecins peuvent pratiquer sans restriction les intubations, perfusions, incisions... sans tuer le patient. Amélie Bénin, interne de 26 ans en gynécologie, sort de sa deuxième session chez iLumens : « Avec la simulation, il n’est pas question de responsabilité ou de conséquences humaines comme avec un vrai patient. Mais les conditions dans lesquelles on se trouve sont tellement proches de la réalité qu’on est dedans, c’est très intense ! » S’entraîner avant de prendre en charge un patient – comme les pilotes s’exercent sur simulateur avant de monter à bord d’un avion – n’est pas une pédagogie généralisée pour les professions médicales. Laëtitia May, médecin et chef de service de la mission sécurité du patient pour la Haute autorité de santé (HAS), explique : « En médecine, il y a un encadrement, un compagnonnage. Le junior observe plusieurs fois un geste et lorsque le senior le considère prêt, il l’accompagne et le laisse faire. » Or, tout acte médical, de la prescription d’un médicament à un soin ou une chirurgie, a un effet sur le patient. En 2004 et 2009, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a publié deux enquêtes [PDF] sur les événements indésirables graves (EIG) liés aux soins. « Les événements indésirables graves associés aux soins sont définis comme des événements défavorables pour le patient, ayant un caractère certain de gravité (à l’origine d’un séjour hospitalier ou de sa prolongation, d’une incapacité ou d’un risque vital) et associés à des soins réalisés lors d’investigations, de traitements ou d’actions de prévention. » Certains seraient « évitables ». Dans ce cas, il s’agit d’un événement qui « n’aurait pas eu lieu si les soins avaient été conformes à la prise en charge considérée comme satisfaisante au moment de sa survenue. » En somme, il s’agit d’un facteur humain. Un geste mal effectué, un dosage erroné, une mauvaise communication dans l’équipe... Une erreur.